À vélo dans la vallée de la Saulx, sur les traces de la transition

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Mes galères à vélo dans la vallée de la Saulx ont commencé un matin de vent, au bord de la rivière, quand le gravier humide a craqué sous mes pneus près du panneau de la Maison de la Saulx. J'avais quitté Bar-le-Duc avant 10 heures, trop tard déjà, et la bourrasque me poussait vers le bas-côté. Au troisième aller-retour, j'ai compris que mes sorties en roue libre ne tenaient plus. J'ai été convaincue ce jour-là qu'il fallait revoir le matériel, les pauses et ma manière de partir.

Je ne suis pas une pro, juste une cycliste du dimanche avec des enfants et un emploi du temps serré

Je ne roule pas pour battre des chronos. J'ai 54 ans, je suis mariée, et mes deux enfants adultes ont libéré un peu de place dans mes week-ends. Mon métier de rédactrice de territoire m'a appris à regarder les bordures de route, les panneaux, les friches et les toitures avant même d'accélérer.

J'ai choisi la vallée de la Saulx parce qu'elle est proche et qu'elle change vite de visage. Un bourg, une peupleraie, un atelier, puis une longue ligne d'eau tranquille. J'ai fini par lire là un territoire qui se répare à hauteur d'homme.

Avant mes premières sorties, je pensais à une balade simple. Je m'imaginais trente kilomètres sans vraie contrainte, juste quelques photos et un retour tranquille. Les cartes et les images m'avaient vendu une vallée douce, presque plate.

Je ne savais pas encore que le vent de vallée pouvait casser cette impression en quelques minutes. Je me voyais déjà rentrer légère, avec juste la fatigue des jambes. J'étais sûre de moi, et je me trompais déjà un peu.

Le jour où j’ai compris que ça ne tournait pas rond

La troisième sortie a démarré à 10h pile, avec un ciel clair et un vent déjà têtu. Après 15 km, je sentais mes cuisses se raidir et mon petit plateau devenir mon seul refuge. La pluie de la veille avait laissé un film humide sur le gravier, et mes pneus de 25 mm se mettaient à glisser dès que le bord de route changeait de texture.

Dans un virage, la roue arrière a chassé d'un demi-pied. Le bruit sourd du gravier sous mes pneus fins m’a cloué sur place, c’était clair que je n’étais pas équipée pour cette vallée. J'ai freiné trop fort, j'ai rattrapé le cintre avec les épaules, et j'ai senti le vélo partir de travers avant de revenir.

Je me suis retrouvée à chercher un café ouvert alors que ma gourde sonnait vide. Je n'avais pas vérifié les horaires du seul café du bourg, et j'ai fini sur un banc froid pendant 12 minutes. J'ai passé ce temps à écouter le petit clac des joints de pont au passage des voitures, avec les jambes qui piquaient.

Je suis rentrée trempée et franchement agacée. Le faux-plat descendant de l'aller m'avait grisée, et le retour m'avait brûlé les cuisses dans la dernière remontée. Je me suis demandé si j'allais continuer, ou si j'avais juste choisi une vallée trop ambitieuse pour ma façon de rouler.

Mon garage, un samedi matin pluvieux, et la décision de tout changer

Un samedi pluvieux, j'ai démonté les deux roues dans le garage, avec un chiffon noir de cambouis et mon vieux mètre ruban. J'ai mesuré 25 mm à l'arrière, puis j'ai hésité trois jours avant de passer commande. Pour 47 euros, j'ai pris une paire plus large, et j'ai noté la référence sur un carnet posé près de la pompe.

Je suis passée à 35 mm, et j'ai gonflé à 4,8 bars au lieu de 7. J'ai eu du mal à croire qu'un simple passage à cette largeur change autant la tenue. Le vélo a cessé de sautiller sur les grains de gravier, et j'ai mieux senti la route sous moi dans les virages serrés.

J'ai aussi repéré deux points d'eau et un café, le Café des Tilleuls, avant de repartir. J'ai glissé deux gourdes de 750 ml dans la sacoche, et j'ai noté une pause de 12 minutes sur ma carte. Cette petite préparation m'a évité la panique du milieu de boucle.

Je suis partie à 6h30, quand la vallée dormait encore sous l'odeur de terre humide et d'herbe coupée. À 6h30, avec la fraîcheur du matin et l'odeur de terre humide, la vallée m’a enfin semblé accueillante, presque complice. Je me suis sentie légère dès les premiers kilomètres, et j'ai été frappée par le silence entre deux villages. Sur une ancienne friche, j'ai vu une toiture solaire et un panneau explicatif, et la transition m'a paru visible d'un seul coup.

Ce que j’ai appris en pédalant au fil des semaines

Au bout de quelques sorties, j'ai compris que partir plus tôt changeait tout. Une fois, je suis partie à 14h20, et le vent m'a prise de face dès la sortie du bourg. Dix minutes plus tard, mon braquet semblait déjà trop lourd, alors qu'à 6h45 la même portion coulait presque toute seule.

Les pneus de 35 mm ont aussi changé ma ligne. Sur le gravier, la roue arrière a cessé de flotter, et j'ai mieux tenu le cap au débouché des rideaux d'arbres, là où le vent latéral me donnait encore un coup de travers. Un jour, après la taille des haies, une épine m'a laissé une crevaison lente, et au bout de 8 km la pression avait baissé juste assez pour rendre le guidon flou.

J'ai appris à faire de vraies pauses, pas des arrêts de façade. Quand je repars après 6 minutes, j'ai les jambes froides et le souffle court pendant un bon kilomètre. Après 12 minutes, je repars bien ; si je m'attarde 18 minutes, je sens le refroidissement et je remets du temps à relancer.

Les petites bosses entre les villages m'ont aussi fait revoir ma manière de pédaler. Je passe le petit plateau avant la bosse, je garde une cadence plus souple, et je n'attends plus le dernier mur de gravier pour changer de braquet. Le petit clac des plaques au passage des bourgs m'aide même à sentir où le rythme se casse.

Ce que je referais, ce que je ne referais pas et pour qui ça vaut vraiment le coup

Mon métier de rédactrice de territoire m'a appris à lire un paysage dans ses joints de pont, ses panneaux et ses toitures, et cette sortie m'a rappelé pourquoi je le fais. Quand j'ai revu une friche avec sa toiture solaire et son panneau explicatif, j'ai compris que la transition locale se voit mieux depuis une selle que depuis une vitre.

Je garderai le départ avant 7 heures, les pneus de 35 mm, les pauses courtes et la carte des points d'eau. Je garderai aussi l'idée qu'un vent de vallée peut me manger une sortie si je le laisse prendre de l'avance. La fois où j'ai commencé trop tard, j'ai payé la dernière montée au prix fort.

Je ne repartirais plus sans regarder le sol après la pluie, ni sans vérifier si le café du bourg ouvre le matin. Je ne referais pas non plus l'erreur de me laisser griser par le faux-plat de l'aller. Au retour, les cuisses parlent tout de suite, et je les entends maintenant très bien.

Je le dirais à quelqu'un qui accepte une boucle de 31 km, des petites bosses et un vent qui peut piquer. Avec un VAE, la vallée reste ouverte plus longtemps, et les côtes entre deux villages cessent de couper la sortie en deux. Je suis rentrée à Bar-le-Duc par la route du Café des Tilleuls avec l'impression d'avoir enfin trouvé ma façon de rouler dans la vallée de la Saulx.

  • partir avant 7 heures pour couper le vent de l'après-midi
  • passer à des pneus de 35 mm
  • prévoir une pause de 12 minutes avec l'eau repérée avant de partir

Depuis cette série de sorties, je ne cherche plus une balade qui s'arrange seule. Je regarde le vent, la texture du bord de route et le premier virage en gravier avant de décider, et je préfère cette honnêteté-là.

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La rédaction