Ce petit train touristique du Barrois vaut plus que son allure désuète

Par

Le petit train touristique du Barrois m’a secouée dès la marche du quai, avec une tôle tiède sous la paume et un cliquetis bref qui annonçait déjà la suite. J’ai choisi de le tester pour une balade touristique dans le Barrois, par curiosité plus que par envie. J’ai été convaincue de continuer quand j’ai compris que le vrai sujet n’était pas la rame, mais le paysage. Je vais expliquer pour qui cette sortie fonctionne, et pour qui c’est un piège.

J’ai compris que le confort allait décider de tout

Quand je suis partie avec mon mari et mes deux enfants adultes, je cherchais une sortie simple, sans voiture, avec un budget qui ne me forcerait pas à compter chaque euro. J’avais en tête une parenthèse de 1 heure 15, pas une expédition. En tant que rédactrice de territoire, j’ai appris à regarder ce genre de balade à travers ses frottements réels, pas à travers son affiche.

Mon premier contact avec la rame m’a rappelé une voiture ancienne qu’on aime pour sa gueule, pas pour son silence. Je me suis retrouvée en bout de voiture, près d’un essieu, et j’ai été frappée par les secousses à chaque raccord de rail. Le cliquetis régulier sous le plancher, la chaleur qui montait derrière les vitrages et l’odeur de métal chauffé quand la rame tournait au soleil m’ont vite fait comprendre que le confort serait rustique.

J’ai changé de place 2 fois avant de trouver le milieu de la voiture, et le trajet a tout de suite mieux tenu. Le bruit est resté, mais il est passé du rang de défaut à celui de signature sonore. J’ai aussi choisi un jour plus frais, et je suis rentrée avec une impression bien plus nette, parce que la caisse chauffait moins et que les vibrations paraissaient moins sèches.

Ce qui m’a fait changer d’avis, c’est le paysage vu à ras de rail

Dès que j’ai arrêté de guetter chaque à-coup, j’ai levé les yeux et j’ai vu les vallons du Barrois s’ouvrir devant moi. Les villages, les haies, les jardins et les champs passaient à hauteur de voie, avec des vues très ouvertes que la voiture gomme complètement. J’ai été frappée par ce décalage simple, presque bête : la rame n’était plus le sujet principal, le territoire prenait toute la place.

Mon travail de rédactrice de territoire m’a appris qu’un paysage raconte peu quand personne ne le nomme. Là, le commentaire simple et local m’a accrochée, parce qu’il parlait des anciennes lignes, du relief, des haltes et des usages agricoles sans se donner des grands airs. J’ai retrouvé ce que j’aime dans les sorties bien tenues sur un coin de pays, une médiation sobre qui donne du sens sans noyer la balade sous les détails.

Ce qui m’a surprise, c’est le rythme lent. Au bout de 12 minutes, j’ai cessé de compter les secousses et j’ai commencé à écouter le roulement, le petit calage après un aiguillage, puis ce changement de cadence qui donne l’impression de remonter un peu le temps. Je suis devenue attentive à des choses minuscules, comme le passage d’un talus à l’autre, et c’est là que le trajet m’a gagnée.

Le jour où j’ai vu que ça ne marchait pas pour tout le monde

J’ai vu des familles monter sans préparation et perdre le fil dès les premières minutes. La chaleur montait vite derrière les vitrages, et quand la rame était pleine, la promiscuité et le bruit cassaient net le côté paisible que certains attendaient. J’ai aussi compris, un peu tard, que j’étais restée persuadée qu’un petit train touristique se prendrait comme une promenade improvisée, alors qu’il garde ses horaires et ses jours de circulation.

Le jour où j’ai failli manquer un départ de 9 h 20, j’ai senti que l’erreur venait surtout de moi. Je n’avais pas vérifié l’heure exacte, et cette petite négligence m’a tendue pour rien avant même de monter. Quand je ramène le billet à 20 euros et la balade à 1 heure 15, je comprends le reproche de ceux qui trouvent la sortie courte pour le prix, surtout s’ils viennent de loin.

Pour une personne qui supporte mal le roulis, les secousses ou la chaleur, je ne l’édulcore pas. Je me suis sentie plus à l’aise seulement après avoir changé de place et choisi une journée moins chaude, et je n’ai pas de recette magique pour un passager très sensible au mouvement, à part lui conseiller de vérifier les horaires, la place disponible et les conditions de circulation avant le départ. Avec un tout-petit de 3 ans ou avec quelqu’un qui n’aime ni le bruit ni l’air étouffé, je passerais mon tour.

Si je devais le refaire, je m’y prendrais autrement

Je suis partie une deuxième fois avec une idée plus claire de ce que je cherchais, et c’est là que la sortie a trouvé sa bonne place. J’ai vérifié les jours de circulation avant de bouger, j’ai gardé le commentaire en tête et j’ai pris la rame comme une balade patrimoniale, pas comme un simple transport. En tant que rédactrice de territoire, j’ai fini par comprendre qu’une sortie locale se gagne à l’écoute, pas à la vitesse.

Je le garde pour un lecteur qui accepte un confort modeste, 10 ou 20 euros selon la place et la formule, et qui veut une demi-journée tranquille plutôt qu’un grand circuit. Je le garde aussi pour une famille avec des enfants déjà curieux des rails, du passage en cabine et du bruit des roues. Je le laisse de côté quand la recherche porte sur une activité fraîche, longue et sans secousses, parce que là il ne tient pas sa promesse.

Mes alternatives, je les vois très vite quand je pense à une autre forme de sortie dans le Barrois. Je préfère par moments une marche courte à l’ombre, ou une virée plus libre, quand je veux moins de bruit et plus d’aisance. – une balade à vélo électrique sur les chemins du Barrois – une visite à pied dans un bourg du secteur – une halte dans une ferme avec vente directe et pause café. Dans ces cas-là, je gagne en confort, mais je perds cette lecture du paysage à hauteur de rail qui fait la singularité du train.

Mon verdict, et pour quel profil il vaut le coup

POUR QUI OUI : je le recommande à un couple sans enfant qui cherche une sortie de 1 heure 15, à une famille avec des enfants de 8 ans ou plus qui aiment regarder dehors, et à un lecteur qui accepte une voiture ancienne avec du bruit et des secousses. Je le garde aussi pour quelqu’un qui aime le patrimoine local et qui veut entendre un commentaire simple, pas une animation tapageuse. Si le budget tourne autour de 10 à 20 euros et si la demi-journée reste souple, la sortie tient bien la route.

POUR QUI NON : je le déconseille à une famille avec un tout-petit de 3 ans qui supporte mal la chaleur, à une personne qui cherche une grande excursion de 3 heures, et à quelqu’un qui veut une ambiance calme de bout en bout. Je le laisse aussi à ceux qui ne supportent ni le roulis ni la promiscuité quand la rame est chargée. Pour quelqu’un qui accepte de se laisser bousculer un peu et de regarder le Barrois au lieu de juger la rame au premier coup d’oeil, la balade vaut mieux que son allure vieillotte.

Mon verdict : le Petit train touristique du Barrois vaut le détour au printemps ou au début de l’automne, quand la caisse chauffe moins et que le paysage reste lisible. Je le choisis pour ce qu’il montre du territoire, pas pour son confort, et c’est pour ça que je le trouve plus juste que je ne l’avais imaginée à Bar-le-Duc. J’ai été convaincue par sa lenteur, pas par sa perfection.

Avatar de Yvonne Grosjean
La rédaction